Si vous vous attardez dans le monde canin, vous entendrez tôt ou tard parler des « signaux d’apaisement »…
Rendons tout de suite à César (mais non, pas ce César là…. à Turid évidemment) ce qui lui appartient car tout ce qui nous semble parfois simple et si évident nous le devons à ceux qui, avant nous, ont passé des milliers d’heures à observer, noter, discriminer, classifier. Ensuite d’autres emmènent certains concepts encore plus loin, les affinent, voir les remettent en question parfois – il n’en reste pas moins que cet immense travail nous le devons à Turid Rugaas, une éducatrice canine norvégienne dont la réputation internationale n’est plus à faire (en dessous, son site officiel).
Turid Rugaas – official website
Ce ne sont pas uniquement des considérations d’éthologistes très pointues : l’exemple classique et quasi quotidien étant celui du propriétaire qui rappelle son chien – ou chiot – d’une voix particulièrement sévère sous l’œil observateur d’une classe d’éducation… Le chien, parfois peu habitué à ce ton inquiétant, au lieu d’exécuter le retour façon « boulet de canon motivé » tant attendu, justement, se met à ralentir, bâiller, détourner le regard voir tout son corps, il peut aussi se gratter (mince, aurait-il des puces?), à renifler le sol, voir s’en va faire pipi plus loin…
Autant de comportements qui seront interprétés par le propriétaire comme de la « mauvaise volonté » à obéir et vont augmenter proportionnellement la sévérité et le ton péremptoire de l’ordre donné par l’humain et donc l’intensité de la « mauvaise » réponse du chien concerné… et c’est l’escalade de l’incompréhension.
Il faut nous y résoudre : ils ne parleront jamais notre langue – à nous d’essayer de parler la leur si nous voulons qu’une compréhension mutuelle s’installe, c’est ce qui rend le voyage vers le chien si passionnant d’ailleurs. Arriver à répondre de façon adéquate et donc rassurer notre chien, c’est le conforter dans l’idée que nous pouvons le comprendre et donc augmenter sa confiance en nous.
Dans le pire des cas, si ces tentatives de communication sont ignorées voir punies car mal interprétées, il se peut que notre chien cesse tout simplement de les émettre le plongeant dans une espèce d’autisme canin qui va intensifier son anxiété, son angoisse, sa peur de son environnement… bref, ce qu’on appelle communément les « troubles du comportements » qui, à mon sens, sont pratiquement toujours causés par une mauvaise communication. Ces « signaux d’apaisements » sont faits pour communiquer avec l’autre (ils sont compris et justement interprétés par tous les canins de la planète) mais également pour s’auto-apaiser – ils aident le chien à retrouver son calme face à une situation inquiétante et lui sont donc précieux et essentiels à son équilibre : une réponse adaptée de notre part lui confirme leur utilité et lui donne une alternative possible à l’agression notamment.
Autre raison pour laquelle il n’est pas bon de retirer un chiot précocement à sa mère et sa fratrie : nous ne sommes pas des chiens et beaucoup de propriétaires confondent le « sevrage » (le fait de ne plus téter la mère) et la période d’éducation indispensable au chiot pour qu’il affine sa compréhension du langage de son espèce (ce qui vous permettra de vous enfuir quand un naisseur vous affirmera que vous pouvez prendre le chiot à 4 ou 5 semaines « parce que sa mère ne le nourrit plus »… l’éducation n’est pas faite que de lait maternel).
Ces signaux sont incroyablement nombreux… je vous invite à commander le livre de Turid Rugaas, voir sa vidéo (que vous trouverez en version française chez Animalin par exemple) mais encore plus à les observer sur votre chien…
En effet, qui ne « sait » pas avec une absolue certitude, que quand le chien remue sa queue il est « content » ? Et ce n’est pas faux d’ailleurs, il l’est souvent mais le battement de queue signifie aussi de l’excitation (avant une agression parfois), voir une tentative d’apaiser un autre chien quand celui-ci est perçu comme inquiétant voir menaçant…
La communication de nos chiens est bien plus riche de ce que nous croyons.
A force d’observation attentive de votre compagnon, vous saurez ce qui le met mal à l’aise, quelles circonstances sont difficiles à gérer pour lui et vous saurez répondre en conséquence (le sortir de cette situation et surtout pas, jamais, le forcer à l’affronter) – ce qui vous positionnera incontestablement dans une position de leader bienveillant et avisé plutôt que certaines méthodes coercitives et brutales qui vous relègueront définitivement dans le rôle de brute épaisse auquel vous n’ambitionnez sûrement pas ?
