Le rappel


Par « rappel » précisons tout de suite que je ne parle pas du « au pied règlementaire » de concours… mais du « simple » fait de faire en sorte que votre chien revienne vers vous promptement et avec un minimum de bonne volonté quand vous le rappelez et, parfois, ça n’a rien de « simple » justement.

Pourtant, de tous les « ordres » à faire digérer à votre chiot apprenti « Chien-Modèle », il est le plus essentiel de tous : il peut lui sauver la vie et, sans aller dans ces extrêmes, il peut rendre la vôtre infiniment plus sereine (car, aussi incompréhensible que cela puisse nous paraître à nous les amis des chiens, le monde est peuplé d’humains qui n’apprécient guère nos joyeux compagnons :) ).

Le rappel (« retour  » — ou tout autre mot que vous choisirez d’utiliser – aucune importance pourvu que ce mot reste toujours et invariablement le même : pas de « viens ici » le lundi, « au pied le mercredi » et « tu reviens » le week-end, décidez du mot que vous allez employer – toute la famille – définitivement) – commence… à la maison.

Dès que Bébé-Chien arrive… et plusieurs fois dans la journée, vous allez vous accroupir et dire (d’un ton enjoué) « retour Bébé »… même si, au début, la distance qui vous sépare ne fait qu’un seul mètre ou quelques mètres, peu importe. Ne tombez pas dans le piège d’appeler indéfiniment un chiot qui vous ignore parce que occupé à autrechose : s’il ne répond pas à votre demande enjouée, vous tournez les talons et allez faire autrechose sans exprimer le moindre dépit verbalement ou non…. 

S’il revient de suite – vous le récompensez systématiquement par une vraie friandise (et donc PAS d’une vulgaire croquette dont son bol est déjà plein).

La litanie des « retour-retour-retour-retour-retour » (avec un ton, parce que nous sommes humains, qui pourrait devenir de plus en plus excédé) – apprend à votre Bébé-Chien que l’ordre se présente de cette façon et à vous ignorer…. De plus, si votre agacement devient perceptible (et les chiens sont très doués pour capter ce type de signal) – il peut également en conclure qu’il serait judicieux de rester éloigné de vous pour l’instant… ce n’est pas ce que vous cherchez à faire.

Très rapidement, vous allez être assimilé à quelque chose d’éminemment positif – donc triple bénéfice : vous commencez à jeter les fondations d’un lien de confiance, Bébé-Chien apprend son nom s’il ne le connaît pas encore et il intègre l’ordre de rappel – au début dans un environnement dépourvu de stimulations pour commencer.

Graduellement, vous allez augmenter la distance et commencer à appeler votre chiot de la cuisine au salon, du salon à la salle à manger, etc etc – avec toujours et invariablement à ce stade, une récompense à la clef.

Plusieurs séances d’un seul « retour » réussi et récompensé sont infiniment préférables à une plus longue séance unique… Essayez de mettre systématiquement votre chiot dans une dynamique de succès : ne le rappelez pas vers vous au moment où les enfants rentrent et qu’il veut leur faire des fêtes par exemple, vous n’en êtes pas à réaliser des exploits mais à « construire » de solides fondations.

En extérieur, un très jeune chiot ne s’éloignera en général pas énormément… voir pas du tout et la moindre invitation de votre part, le moindre son ou son nom tout simplement le catapultera de retour dans vos pieds le rendant conscient qu’il a involontairement dépassé sa zone sécuritaire.

Le seul inconvénient à cet idyllique état de faits est que cette zone de sécurité va grandir au fur et à mesure de la croissance physique et mentale de votre Bébé… qui, un jour, va se retrouver Ado-Chien confiant et curieux avec une zone de sécurité parfois déconcertante pour nous : s’il vous « voit » – cela peut amplement lui suffire à le rassurer que tout va pour le mieux et donc à continuer à faire ce qu’il a envie de faire.

Choisissez vos parcours dans un lieu peu dangereux (et peu stimulant) – changez de direction sans systématiquement attendre Bébé-Ado-Chien : c’est à lui de faire attention à ne pas vous perdre, pas le contraire (enfin, disons plutôt que c’est l’impression que vous devez lui donner).

Attention à ne pas avancer vous-même en direction de votre chien pour le récupérer (sauf si, évidemment, vous ne pouvez pas faire autrement car urgence mais c’est risqué) – de cette façon vous vous exposez à le voir s’éloigner (vu que vous réduisez de vous-même la distance qui vous sépare)  – partez plutôt dans l’autre sens d’un pas vif ou même en courant en l’appelant joyeusement.

Récompensez avec générosité ses retours vers vous…

Ne l’attachez pas systématiquement quand vous le rappelez : Bébé-Chien ou – pire encore – Ado-Chien plein de fougue aurait vite d’en conclure que « rappel = fin de la récréation » - récompensez-le et laissez-le retourner à ses jeux et ses découvertes… Revenir vers vous doit être une source de plaisir avant tout.

Si et quand vous devez le rattacher : multipliez les friandises – une pour le « retour » – une autre pendant que vous touchez le collier et encore une autre en attachant la laisse au collier…

Evitez absolument de « capturer » votre chien – travaillez – au moyen de votre friandise au besoin – la proximité phyisique : si vous devez plonger sur votre chien pour le récupérer, la prochaine fois il s’arrêtera à un mètre de vous, puis à deux mètres et ainsi de suite.

A l’objection de certains « je ne peux pas me balader perpétuellement avec des saucisses plein mes poches » je répondrai que vous êtes en train d’essayer d’apprendre un ordre à votre chien et que toutes les expériences scientifiques sur les lois de l’apprentissage  (Tolman, Skinner, Pavlov et les autres) ont démontré, par leurs expériences sur les rats et d’autres animaux, que tout comportement récompensé s’accroît inévitablement.

Les récompenses vont devenir plus rares avec le temps sans toutefois jamais disparaître complètement.

Ne banalisez jamais le retour – tout au long de la vie de votre chien et même sans friandise, n’omettez jamais de féliciter votre chien et exprimer votre contentement à le voir obéir… :)