N’allez pas croire que quelques individus bien intentionnés ne peuvent changer les choses : car, en réalité, on ne les jamais changées autrement…
D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours considéré d’un oeil un peu très sceptique la croquette dite “Premium” que j’ai pourtant longtemps religieusement acheté et que mes chiens ont longtemps (hélas) vaillamment avalé (plus ou moins et souvent moins volontiers que plus d’ailleurs).
Pourtant, dans mes anciens souvenirs d’enfance on mitonnait une espèce de soupe pour les chiens faite de viande et de riz ultra cuit à laquelle ajoutait de l’huile d’olive parce que chébon, quelques déchets de table et “bon appétit le chien de famille” : les croquettes étaient inconnues au bataillon en ces temps reculés et, par ailleurs, bien des chiens étaient nourris de pain et de lait, les nôtres pouvaient se considérer contents…
Les années passant on s’y est pourtant mis aux croquettes auréolées de la bénédiction vétérinaire et au marketing aussi prestigieux que “scientifique”; surtout pas la version honnie “grande surface” mais les “super ultra premium” salvatrices.
Pas très réjouissantes à mes yeux mais unanimement déclarées “équilibrées” et donc nous apparaissant comme la meilleure (unique?) solution pour nos chiens dont la santé et le bien-être nous tiennent évidemment à coeur.
Intéressant tout de même de constater que toute mère de famille est généralement considérée tout à fait apte à nourrir les petits humains dont elle gère l’alimentation sans devoir recourir à l’avis du pédiatre à chaque décision entre une carotte ou un fenouil, une côtelette d’agneau ou un steack de boeuf.
Par contre, un propriétaire de chien d’intelligence normale ne peut en faire autant pour son animal et se doit de confier, aveuglément, l’alimentation de celui-ci à l’industrie (qui vous veut du bien comme chacun sait gniark gniark gniark): expliquez-moi la logique implacable?
La mécanique humaine est au moins aussi complexe que celle d’un chien et tout livre vous apprendra que si l’humain est omnivore, le chien est, lui, carnivore (au plus carnivore opportuniste mais carnivore malgré tout : regardez donc sa dentition et considérez la force de sa mâchoire, tout ceci vous semble-t-il avoir été conçu par la nature pour pulvériser des boulettes minuscules? un conglomérait de céréales? savez-vous comment s’appellent les dents du fond chez le chien? des carnassières…).
En outre, le concept d’un être vivant quel qu’il soit mangeant toute sa vie rigoureusement la même chose me laissait perplexe, tout comme l’étrange concept qu’un Yorkshire devrait manger différemment d’un Westie ou d’un Caniche et qu’un petit d’une espèce quelconque se doive de manger, au sevrage, autre chose qu’un adulte de sa même espèce. Pourquoi, alors qu’on nous martèle que changer de marque de croquettes c’est LE MAL, mes propres chiens semblaient accueillir avec bonheur le moindre changement justement? Condamné au PedigreeChose ou au ScienceMachin à vie et basta, quelle sentence!! Et que dire d’une espèce qui ne serait plus capable de s’alimenter autrement que par le biais de l’industrie de l’agro-alimentaire? (de qui se moque-t-on là?)
J’ai commencé à m’intéresser au décryptage des ingrédients des dites croquettes avec peine, à m’interroger sur l’utilité d’un déchet agricole tel que l’éternelle et incontournable “pulpe de betterave”, de la quantité faramineuse de céréales (les chiens ne sont pas des poules) et (merci Internet) j’ai trouvé passablement d’informations – le tout systématiquement en anglais d’ailleurs. Comme j’ai le bonheur de parler l’anglais couramment, j’ai commandé des livres sur un “mode d’alimentation” qui me semblait intéressant: le B.A.R.F (acronyme qui m’a fait au début passablement marrer, “to barf” en anglais signifie “gerber”)
“Biologically Appropriate Raw Food” – en français “alimentation biologiquement appropriée”… qu’est-ce??? Ce n’est pas un produit et n’étant (hélas) pas boucher ni mariée à un boucher, je n’ai strictement rien à vous vendre : il s’agit très succinctement d’alimenter votre chien (ou chat ou furet qui sont, eux, des carnivores stricts) avec de la viande fraîche et crue, des abats, des os crus (y compris la volaille honnie qui ne pose aucun problème dès lors que tout est rigoureusement cru) et quelques simples suppléments.
Si vous voulez en savoir (un peu ou beaucoup) plus, je vous invite à vous rendre sur un site qui va tout vous expliquer en détail et à venir nous rejoindre sur son forum (www.barf.ch).
La lecture du site et du forum sont une mine d’informations qui est passionnante pour quiconque s’intéresse à son chien ou au chien de façon générale. En effet, choisir de nourrir son animal domestique selon sa véritable nature relève d’une considération réelle de l’animal et implique une recherche de ce qui est meilleur pour l’animal en question et non pas pour nous-mêmes.
En effet, combien de gens me répondent “mais les croquettes c’est pratique” – peut-être, mais le chien se doit-il vraiment d’être “pratique” pour nous? doit-il pour nous être agréable et ne point trop déranger notre confort oublier sa nature de carnivore parce que nous n’apprécions pas de manipuler la viande crue, nous n’avons pas envie de congeler, portionner, dégeler? Nous ne sommes pas “pratiques” non plus quand en état de dépendance (enfance, vieillesse, maladie) mais on peut souhaiter qu’un autre être saura nous témoigner une considération suffisante pour l’accepter et faire au mieux pour nous…
Donc, depuis bientôt huit ans, TOUS mes carnivores domestiques “barfent” : en clair mangent comme la nature le commande. Ils sont vifs et bonne santé, aucun ne sent jamais mauvais (sauf roulade dans quelque ignoble chose en nature!!), n’ont aucun souci de dermatite et, peut-être surtout et avant tout, se régalent. Cette réelle satisfaction que j’éprouve à les voir manger dépasse le souci du nutritionnel d’ailleurs et touche le comportemental – un chien a BESOIN de gruger, déchiqueter, broyer… et n’oublions pas qu’un Chihuhua est autant un chien qu’un Dogue Allemand, que cela nous plaise ou pas d’ailleurs.
Un “bonus” supplémentaire pour les humains ramasseurs de crottes : celles-ci sont devenues plus rares, plus petites et presque inodores. En outre, leurs dents sont plus blanches, les gencives plus fortes et leur haleine meilleure.
Les débuts du barfing peuvent se révéler (parfois) un peu ardus pour certains chiens et c’est bien logique: plus longtemps votre chien aura eu à avaler des croquettes et plus sa capacité digestive sera réduite à son minimum. Il faut aussi parfois (souvent) se passer de la bénédiction du vétérinaire qui est généralement tout acquis à la cause du “pet food” industriel et ce n’est pas toujours facile pour certains propriétaires (pour ma part, je n’ai jamais été de ceux qui marchent facilement dans les rangs et j’ai tendance à tout questionner depuis que je suis au monde).
En définitive, il est assez difficile de concevoir que, alors qu’on nous bombarde de puissantes recommandations de manger frais et varié (et le moins industriel possible surtout), ces saines recommandations cessent subitement d’être vraies quand il s’agit d’un autre être vivant qui – lui – par un étrange phénomène (de marketing?) s’accommoderait à l’inverse d’une alimentation industrielle, rance par définition, dont les ingrédients nous sont parfaitement inconnus et sont de surcroît cuits à haute température et inondés de vitamines de synthèse fort peu assimilables par le chien. Un aliment constitué d’un pourcentage effarant de céréales souvent déclassées pour la consommation humaine et généralement bourrées de toxines diverses en raison d’un piètre stockage.
Considérez donc les sacs de croquettes vendus en animalerie : on vous offre tour à tour un sac de couchage, un sac à dos ravissant, des gamelles (on ne se demande plus qui est le “client”). Ces sacs sont vendus à un prix défiant toute concurrence aux éleveurs acquis à la marque (ce qui remet aussi joliment en perspective le joli sac de croquettes chiot dont on vous fait si généreusement cadeau lors de l’achat du vôtre : l’éleveur ne le paie pas, on le lui donne question de fidéliser ce brave petit dès le début).
En agility, exposition canine et autres du même style, ils sont encore une fois (très) présents à grand renfort de cadeaux, stands et échantillons… Pour se permettre tout ça, la marge de vente doit être affolante : ça en dit long sur le coût de la matière première, en effet, il n’y a pas de miracle. Une affaire qui marche : tout ça se paie néanmoins et c’est compris dans le prix du sac (avec le salaire du publicitaire en prime). Que reste-t-il pour le chien au final?
Nourrir son chien en BARF c’est à la fois très simple et peu onéreux une fois qu’on a trouvé les bons fournisseurs et un rythme de croisière. C’est aussi – surtout et avant tout – la garantie d’avoir fait tout ce qu’on peu pour protéger son animal de bien de maux découlant du geste inconscient de nourrir un carnivore comme une poule. L’alimentation ne fait pas tout, certes… mais elle fait beaucoup : “tu es ce que tu manges”. Rappelez-vous de la dite “vache folle” et de ses conséquences : une autre aberration de l’humain qui croit pouvoir manipuler la nature comme cela arrange son porte-monnaie.
Une génération de chien c’est 2 ans, ne l’oublions pas… même si les croquettes n’existent que depuis les années ‘70, ça fait un bon paquet de générations de chiens qui ont eu à souffrir de “malbouffe” canine déjà…
Souvent, il n’est pas nécessaire de chercher plus loin la raison de bien des soucis de santé de nos compagnons domestiques et une baisse tristement évidente de leur système immunitaire pour qui veut bien la regarder en face. En conclusion, si votre petit ou gros compagnon rechigne à avaler ses croquettes, s’il sent mauvais, s’il a des problèmes dermatologiques récurrents, des otites, des gaz, des selles énormes et nauséabondes, etc… écoutez-le donc, son corps vous parle et tente de se faire entendre: le chien, animal captif, dépend de votre capacité à l’écouter. Nourrir votre chien (ou chat) en nourriture fraîche et crue c’est reprendre le contrôle – et la responsabilité – de son alimentation, c’est ce qui pose problème parfois : il peut sembler plus simple et plus commode de déléguer et se déresponsabiliser en conséquence (si, ensuite, le chien va mal ce n’est pas “notre faute”).
Le “pet food” appartient à des multinationales qui sont là pour satisfaire les besoins de leurs actionnaires bien avant ceux des chiens : ne rêvez donc pas d’un monde à la couleur décidée par les publicitaires.

