L’éducation du chiot
Avec l’évolution des mentalités et dans un souci louable de « très bien faire » – à peine aurez-vous fait l’acquisition de votre chiot ou, parfois, même avant — la question de son « éducation » se pose de façon urgente : certains propriétaires sont à « l’école du chiot » le soir même de son adoption et même si celle-ci s’est faite à plusieurs centaines de kilomètres de distance.
Tant de hâte me semble excessive pour ma part, laissez-lui donc le temps « d’atterrir » dans sa nouvelle vie et n’oubliez pas que, pour un chiot, quitter l’élevage consiste à quitter tout ce qu’il connaît – aime et le sécurise depuis sa naissance: sa mère, sa fratrie, sa meute et ses premiers humains. Par ailleurs, ne perdez pas de vue que l’éducation d’un chien se fait dans la vie de tous les jours – avant tout et surtout.
Nous, humains, ne pouvons hélas pas accorder à nos compagnons chiens une éducation faite par leur propre espèce – ce qui est déjà problématique en soi (nous ne sommes pas et en serons jamais des chiens) et, par la même occasion, nus exigeons de notre chiot qu’il s’adapte et comprenne d’emblée des règles humaines qui n’ont aucun sens intrin
sèque pour lui.
Souvent, nos attentes sont grossièrement inadaptées aux capacités correspondant à l’âge du chiot.
Au sein d’une meute canine le chiot bénéficie d’une «immunité» presque illimitée jusqu’à l’âge d’environ 16 ou 20 semaines et, en général, ils en profitent bien.
La patience dont font preuve pendant cette période de l’existence du chiot les adultes équilibrés est stupéfiante (et parfois comique). Même après cet âge là, encore pas mal lui serait pardonné par ses congénères…
Vers l’âge de 4 mois et demi ou 5 on peut dire que débute l’adolescence de votre chien. Comme les jeunes humains ils sont agités et physiques (ils ne savent guère se « contrôler ») et s’ennuient incroyablement vite (leur capacité à rester « tranquilles » et concentrés est limitée).
Dès lors, c’est une vraie torture de leur imposer ces séances d’éducation qui s’éternisent… (un assis de 2 secondes est déjà bien, les 5, 8 et 10 secondes suivront).
Le chien est un animal social qui doit tout apprendre de la politesse canine et du contrôle de soi… au sein d’une meute il serait (sera) obligé de faire ce cheminement, sinon la vie en meute deviendrait intolérable mais il apprendra graduellement et tout au long de sa croissance physique et mentale.
Quand un propriétaire de chiot arrive dans son brave cours dit « d’éducation » avec son bébé ou son ado-chien, celui-ci a de fortes chances de se révéler agité, survolté, excité : les copains-chiens présents, la situation nouvelle et inhabituelle, tout est à la fois source d’excitation et de stress.
La structure même des cours cela étant, impose que le propriétaire et son chien suivent un programme d’exercices imposés et souvent répétés un peu trop souvent. Du coup le chien s’énerve, semble devenir intenable ou hystérique… son niveau de stress est au plus haut et le self-control (du chien et du maître) au plus bas.
Rien de bon ne peut découler de cette situation : un chien (comme un humain d’ailleurs) ne peut pas apprendre et acquérir des compétences dans une telle confusion et agitation émotionnelle.
Le propriétaire, parfois un peu ennuyé de l’état de son chien, aurait parfois tendance à faire usage de sa force, de la grosse voix ou de tout autre moyen « coercitif » pour obtenir l’attention et le calme de leur chiot qui «leur fait honte», ce qui n’aura comme seul effet que d’empirer les choses.
A nous de veiller de ne pas imposer à notre jeune chien des situations qui le dépassent, à nous de constater ce qu’il peut gérer et quel niveau de stress reste supportable pour lui et de faire en sorte qu’il n’atteigne pas, justement, le seuil où toute communication avec vous devient impossible et donc tout apprentissage. Je suis souvent épatée de voir à quel point la situation peut dégénérer sans que ni moniteur, ni propriétaire ne soient capable de fixer des limites pourtant évidentes.
Sachez ne pas contraindre votre chiot ou très jeune chien dans des positions qu’il ne peut pas garder éternellement et éviter la litanie des « assis-assis-assis » (débités telle une supplique ou d’un ton irascible) que l’on entend habituellement en cours.
Consentez à ce qu’il change de position à ce qu’il bouge pendant les périodes d’attente inévitables. Refusez de vous battre « contre » votre chien, gardez votre laisse détendue et détendez-vous également : vous n’êtes pas en « examen »
. Sachez donc terminer un cours si « rien ne va plus ».
Un chiot, un jeune chien explore et teste des situations, ce qui est très normal. Non, il n’essaie pas de « devenir le chef » de la meute (et de quelle meute parle-t-on d’ailleurs?), en fait il n’en rêve même pas à son âge…
Laissez-le donc explorer et, si les limites sont inévitables pour une heureuse cohabitation de tous, essayez de faire en sorte que celles-ci ne constituent pas une véritable prison ou une privation absolue de liberté pour un jeune animal curieux et actif. Ne criez pas, ne vous fâchez pas : si votre chiot ou jeune chien dépasse les limites (vous mordille par exemple), tournez les talons et plantez-le là, tout seul : ce sera infiniment plus efficace qu’un flot de paroles et votre énervement.
Surtout pas de confrontation physique et, par pitié, ne pas « secouer par la peau du cou » (un grand classique des imbécillités consacrées), ne pas attraper les babines, ne pas le fixer dans les yeux… Rien de tout ça ne vous mènera où que ce soit sauf à une escalade de l’incompréhension et de la violence avec celui que vous avez choisi pour être votre meilleur ami et fidèle compagnon.
Votre chiot grogne ? C’est a priori tout à fait normal et un mode de communication canine tout ce qu’il y a de plus naturel. Grogner n’est pas une vilaine action en soi, c’est une façon de vous signifier un malaise. Donc, posez-vous la question, « pourquoi mon chiot grogne-t-il ? ».
L’avez-vous intimidé en le secouant par la peau du cou, tiré violemment à la laisse, lui avez-vous enlevé sa gamelle au nom de votre « supériorité », l’avez-vous dérangé pendant son sommeil, imposé des commandes d’une voix inquiétante ou agressive ? A-t-il eu peur ? Attention à ne pas lui imposer des peurs qu’il ne sait gérer car sa réaction aversive ne pourra que croître, justement.
Si vous avez l’impression qu’il entre en conflit avec vous, raison de plus de rester absolument «maître de la situation» (vous êtes « l’éducateur » après tout, non ?). Donnez une commande toute simple en contrepartie (la collaboration pas la soumission), un « assis » exprimé d’une voix calme et apaisante.
Il faut proposer, suggérer même à votre chien qu’il existe une alternative acceptable et bienvenue à un comportement inacceptable (vous sauter dessus, tirer sur sa laisse) parce qu’il n’en sait rien, lui.
Quand le niveau d’excitation de votre chien est au plus haut, c’est le moment de lui opposer votre calme, justement : usez de mouvements lents et calmes, d’une voix tranquille, c’est votre langage personnel qui déterminera votre communication. Renoncez à crier, pousser, contraindre, tirer… Gardez votre laisse détendue en tout temps, choisissez de travailler dans un environnement calme et qui n’offre pas trop de distractions de préférence. Demandez peu, d’infimes performances au début… Récompensez très souvent et ne manquez jamais de récompenser un comportement que vous désirez voir se répéter.
Poussez votre chien à la réussite, pas à l’échec. Surtout, soyez plein de considération pour le jeune âge de votre petit compagnon.
Vos demandes se multiplieront, se diversifieront au fur et à mesure de la croissance de votre chien qui aura le loisir de grandir en acquérant le self-control qui lui est nécessaire et qui, surtout et avant tout, pourra créer avec vous des liens d’attachement, de respect et de confiance qui seuls vous mèneront à une collaboration fructueuse entre vous.
Laissez-lui le temps de devenir le magnifique adulte qu’il sera un jour.
