Good dog…
Posté par Cynthia sur jan 4, 2011 dans Education | 6 commentaires« L’animal ne peut être mesuré par la mesure de l’homme.
Doués de sens étendus que nous avons perdus ou jamais atteints, parlant un langage auquel nous sommes sourds,
ils ne sont ni nos frères ni nos inférieurs ; ils forment d’autres peuples… » (Henry Beston 1928)
En parcourant les forums canins et autres sites de passionnés de chiens, il est inévitable de tomber tôt ou tard, sur des considérations diverses mais toujours semblables sur la « bonté », la « fidélité », le dévouement dont font preuve nos compagnons versus l’épouvantable légèreté égoïste de l’humain qui, on le sait tous, ment, trompe, triche, simule, dissimule, manipule et globalement passe son temps d’humain à tirer désespérément la « couverture à soi », c’est bien connu…
Nous avons un besoin compulsif de voir notre chien comme « bon », altruiste et généreux… pour preuve, notre enthousiasme délirant à toute image montrant le loup et la brebis qui dorment ensemble ou, en moins ambitieux, chien et chat qui cohabitent avec plaisir, chien de chasse et lapin et toute autre forme de relation improbable – qui nous conforte au sujet de la bonté intrinsèque des animaux et nous confirme qu’ils sont bien meilleurs que nous (donc, nous ne sommes pas responsables de l’échec de nos relations humaines… c’est l’autre qui est méchant et incapable d’aimer).
La vidéo montrant un chien qui met son congénère blessé (ou déjà mort) à l’abri des voitures (on le suppose) sur une autoroute a suscité un délire y compris (voir surtout) chez ceux qui n’en ont strictement rien à faire des canins – en effet ce comportement exceptionnel nous catapulte à l’atroce question : en ferions-nous autant pour un illustre inconnu au péril de notre propre vie? rien n’est moins sûr…
Dans ce penchant si humain d’investir nos chiens de qualités « morales », je vois néanmoins un péril particulier : celui d’investir le chien d’un rôle ou de rôles qu’il n’a pas à assumer… Il doit se montrer à la hauteur, nous « comprendre » et, si possible, compenser un certain nombre de frustrations dans notre vie que les humains ont contribué à produire. Confrontés ensuite à des comportements très canins (vol de nourriture, salissures, destructions diverses, désobéissance) les propriétaires se sentent parfois floués dans leur amour… pourquoi est-ce que leur chien ne se montre pas plein de gratitude pour cette gamelle quotidienne, les caresses et le dodo moelleux? Pourquoi n’est-il pas Lassie, Pongo ou Rintintin? Youki fugue et ne revient pas (alors qu’il se meurt d’ennui dans son jardin), Max détruit nos possessions dès notre absence et Pompon nous a même pincé la main quand on a voulu le brosser… quelle déception. De « bon » – le chien a tout de suite droit à son pendant négatif : il « se venge », il est « jaloux », il « sait que c’est mal » mais le fait quand même pour nous contrarier, le comble de la perversité. Cette forme mentale nous empêche évidemment de penser autrement : notre chien s’ennuie, notre chien stresse parce que nous ne l’avons jamais habitué à rester seul ou notre chien n’a jamais appris à gérer sa morsure pour de multiples raisons qu’il serait utile de comprendre (tout un programme « comprendre »).
De là également la réticence de certains propriétaires à « travailler » (dresser, éduquer) leur chien à la récompense… Il leur faut un amour désintéressé qui les conforte dans cette conception du chien qui doit « aimer » gratuitement et non pas exécuter pour obtenir une vulgaire saucisse (tout de suite moins romantique, avouons-le). Si le chien se met à être opportuniste (ce qu’il est indiscutablement) – alors en quoi est-il meilleur que notre voisin qui ne rendrait jamais service sinon en contrepartie de quelque chose? Nous aurait-on trompés?
… et si on débarrassait de cette vision du chien « bon et dévoué »? si on apprenait à accepter le fait qu’il n’est pas un être supérieur ou inférieur justement mais un être différent, avec un fonctionnement de chien qu’il serait sain d’accepter sans avoir des attentes farfelues d’une relation autre qu’il va bien falloir – que cela nous plaise ou non – travailler encore et encore (et encore et encore) avec nos congénères qui non, ne sont pas tous mauvais, irrémédiablement égoïstes et délétères dans nos vies mais, tout comme nous, portent en eux un fatras de contradictions qui font de nous ce que nous sommes?



j’adore, j’adhère ! J’aurais voulu l’écrire, mais tu l’as fait pour moi. Merci !
J’adhère également !!
juste envie de citer un sage indien :
« Aimer c’est comprendre et sentir que l’Autre est différent »
Swami Prajnanpad